Burn Lyon Burn

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« La ville de Lyon sera détruite …le nom de Lyon sera effacé du tableau des villes de la République. la réunion des maisons conservées portera le nom de Ville Affranchie … il sera élevé sur les ruines de Lyon une colonne qui attestera à la postérité les crimes et la punition des royalistes de cette ville avec la mention suivante : Lyon fit la guerre à la Liberté. Lyon n’est plus ».

C’est hallucinant combien l’idée d’écrire sur Grrrnd zéro m’est venue tard. C’est pourtant une évidence mais il est souvent très difficile de voir ce qu’on a sous les yeux, trop préoccupés que nous sommes à faire des plans sur la comète. Laurent a vraiment insisté sur le fait qu’il pouvait s’agir de n’importe quelle histoire, je ne sais vraiment pas pourquoi ce n’est qu’il n’y a si peu de temps que j’ai même réalisé que l’abandon, la destruction et la vente à un gros promoteur pour y bâtir des bureaux en béton et verre en simili-luxe, me touchait beaucoup. L’idée de cette fin funeste me rebutait bien sûr depuis toujours mais jusque là, ça n’avait rebuté que mon personnage de musicien/ activiste machin tout le bordel, pas mon coeur de simple être humain. D’un coup la fin s’est emparée de moi comme un vide, le genre de vide qui ronge, le vide palpable comme une terrible descente de psychotrope. Dinde froide. Quand la substance quitte le corps, l’ombre pernicieuse, les restes du réveillon. Dinde froide.

D’un coup les tags stupides sur les murs des chiottes acquérirent même une dimension nostalgique qui les fit passer de connerie crasse à explosion révolutionnaire adolescente (ou alcoolique). D’un coup on réalise qu’il y a tout à faire qui n’a jamais été fait, une cuisine digne de ce nom, un système de gestion des déchets efficace, de la déco… C’est finalement comme une histoire d’amour, on sait qu’il est bien trop tard pour recoller les morceaux mais il est toujours bien trop tôt pour partir.

Grrrnd zéro. Que dire sur ce pan de ma vie qui aura duré huit ans? Pour toutes les fois ou je me suis dit que j’étais resté 10 ans de trop dans cette ville et que j’aurais dû foutre le camp à 26 ans comme tout le monde, ce lieu me rapelle pourquoi je suis resté et combien à elle seule cette aventure aura compté comme les plus belles années de ma vie. Et pourtant combien de fois j’ai foutu le camp? Combien de fois j’ai juré, humilié, que je n’y foutrais plus jamais les pieds. C’est tout ça qui nous rend différents de ceux qui bossent dans les diverses structures culturelles avec salaire (parfois), rente de comptes (souvent) et responsabilité limitée. Chez nous les tables se renversaient parfois, volaient à travers la pièce et autant de fois c’étaient les fringues qui volaient à travers la pièce et les lattes du canapé qui volaient en morceau avant qu’on ait compris quoi que ce soit à ce qui se passait. C’était dûr à porter parfois, cette intensité mais pour rien au monde je n’aurais échangé ça pour un poste au smic dans une smac, avec un ancien punk un peu rangé comme directeur et un consensus entre la musique “reperée” et “repérable”.

Pour moi Grrrnd Zéro a commencé le 11 septembre 2004, d’où le nom. On était peu dans le groupe a avoir déjà ouvert un squat. On a pris beaucoup de conseils qui se sont révélés précieux. Merci à ceux qui nous les ont prodigués. La énième attaque en règle sur la scène underground pourtant en pleine effervescence à l’époque avait tout simplement fini de nous mettre en colère et de nous souder. Le Pez Ner, suivi très peu de temps après par le Kafé Myzik c’en était trop. Un soir de septembre on a cassé le verrou de la grille du 24 rue Clément Marot que j’ai toujours chez moi comme trophée, on a attendu le délai légal de quelques jours en croisant les doigts. NED jouait à Mulhouse à la date dite. On a bondi d’excitation en recevant le coup de fil de Cristina qui nous annonçait qu’ils étaient installés dans les lieux. Depuis l’intégralité de la palette des sentiments intermédiaires contenus entre le desarroi le plus aride à la joie la plus sauvage se sont succedés pendant plus de 8 ans. Pour finir je tiens à préciser que le premier concert au 24 rue Clément Marot n’a PAS été LIGHTNING BOLT mais bien la modeste tournée de MILGRAM, KITCHEN TOOL SET et ANATROFOBIA et que celui-ci a eu beaucoup plus d’importance a mes yeux…

Trois semaines plus tard le lieu n’est toujours pas détruit mais je n’ai toujours pas réussi à aller le revoir. Je ne pense pas que je le ferai. Je laisse les Killdozzers faire leur sale boulot. Qu’ils engloutissent sous un amas de gravats tous nos beaux souvenirs, ils resterons, eux, gravés dans nos mémoires. Une petite anecdote tout de même, post-nuits sonores. Notre salle qui avait écopé d’une interdiction d’accueil du public il y a deux ans a tout simplement servi de bar VIP. J’aurais bien aimé illustrer cet article d’une bonne vieille photo LOL ou des VIP endimanchés se prennent en photo devant nos murs tagués et affichés en trouvant ça trop trash rock n’roll. Bon j’ai pas trouvé mais j’ai pas beaucoup de patience sur google image non plus. Si vous en trouvez une envoyez-la moi!

Pour finir je taille dans le vif et recopie pêle mêle quelques mots de la dernière newslettre de Grrrnd zéro qui résuma assez bien la situation:

La dernière soirée de Grnd Gerlande fut ce qu'elle devait être : 18 
groupes, 13 heures de musique, 1080 litres de bière, 1000 personnes 
selon les organisateurs pessimistes (1500 selon ceux qui croient encore 
en l'animal humain), 8 enfants conçus dans la pénombre, une petite 
dizaine d'organisateurs épuisés, zéro mort. Un peu émus, le rouge aux joues, on vous
dit MERCI. Le lendemain, on a démonté toute la salle entre 14h et minuit.
On
 a reçu pas mal de commentaires sur le fait que les Nuits Sonores 
se sont déroulées à côté, voire à l'intérieur, des anciens locaux de GZ. Comme
 on était sensés dégager au 30 avril, le Grand Lyon a décidé 
de leur lâcher tout le bâtiment du 1er au 15 mai. On a 
ensuite discuté avec les NS pour conserver une partie des locaux, ils n'ont
finalement investi que le rez de chaussée. On pensait qu'ils y établiraient leurs
bureaux, mais beaucoup nous ont fait remarquer que la
 salle de concert du bas de Grnd Gerland, celle là même pour laquelle le
 Grand Lyon nous menaçait d'expulsion il y a deux ans, a en fait servi de bar VIP
aux Nuits Sonores. Oui, à nous aussi ça nous a fait bizarre, et vos témoignages de
soutien sont très mignons, merci.


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